« Le silence du phare » de Jean E. Pendziwol (Charleston) * un beau roman féminin et sauvage

Elizabeth est pensionnaire d’une maison de retraite où la vieillesse la prive peu à peu de la vue, tout en ravivant ses vieux souvenirs ; Morgan est une toute jeune femme qui erre de foyer en foyer depuis le décès de son grand-père, seule famille qu’elle avait. Rien ne destinait ces deux femmes à se croiser et à se faire confiance, mais la vie parfois noue et dénoue les destins de bien étrange façon. Ce sont ces histoires de femmes ballotées par la vie mais qui toujours restent maîtresses de leur destin que nous conte Jean E. Pendziwol, dans le magnifique écrin d’une île canadienne dominée par un phare au rôle essentiel.

Alors qu’Elizabeth, au crépuscule de sa vie, apprend le décès de son frère et récupère les vieux journaux de son père depuis longtemps décédé et gardien de phare, elle croise « par hasard » le chemin de la jeune Morgan, orpheline et sans famille, condamnée à réparer les dégâts causés par ses graffitis. Les deux femmes, d’abord rassemblées par l’amour des arts, vont alors passer un accord : Morgan lira les mots du père de la vieille femme consignés dans différents journaux et qui retracent son enfance et celle de ses frères et de sa sœur jumelle, Emily. Rapidement, une complicité se crée au fil de ses lectures, sous les yeux plus ou moins ravis du personnel de la maison de retraite, qui les conduira à s’entraider bien au-delà de ce qu’elles avaient envisagé et à découvrir ensemble des secrets enfouis depuis des décennies.

Jean E. Pendziwol réussit le tour de force de nous faire aimer ce phare et cette île balayés par les vents, impitoyables, et à l’origine des plus grands bonheurs et des plus durs malheurs traversés par la famille d’Elizabeth. Grâce à des descriptions maîtrisées, on visualise cette contrée sauvage qui donne naissance et tue sans aucun état d’âme, et engendre des hommes et des femmes pragmatiques, passionnés et authentiques. Mais ce roman est aussi une étude profonde des relations familiales, et notamment de la gémellité, et de la place de chacun dans le tissu familial – place fantasmée ou occupée. Emily et Elizabeth, les jumelles au cœur de l’histoire, incarnent les deux parties d’un tout, d’un univers qu’elles se sont créé et qui les protègent tout autant qu’il les emprisonne… Jusqu’au jour où tout vole en éclat autour d’elles.

Le silence du phare est un magnifique roman féminin comme les éditions Charleston savent si bien nous les offrir, un texte fort et addictif, qui ne manquera pas de vous rappeler à quel point nous, les femmes, sommes pleines de ressources et incroyablement fortes.

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« La Tresse » de Laetitia Colombani (Grasset) * édifiant

La tresse, c’est avant tout une histoire de femmes, une histoire de vie, de celle qu’on lit avec espoir, avec passion, avec le cœur. L’une de ces histoires qui nous font dire que tout n’est pas perdu, qu’il reste des individus qui croient en leur rêve et saisissent leur chance, des auteurs qui parviennent à enchanter nos vies l’espace de quelques heures de lecture. Et des lecteurs suffisamment passionnés pour se laisser entrainer à la suite de 3 femmes disséminées sur la Terre, mais qui, irrémédiablement, font partie de nos vies et de leur écriture.

Alors oui, la trame n’est pas tellement originale – 3 femmes qui, face à l’adversité, se révèlent et s’accrochent aux valeurs qui les façonnent depuis toujours ; non, ces femmes, aussi extraordinaires soient-elles, ne font pas face à des épreuves exceptionnelles (mais bien seulement à celles liées à leur contexte familial, social) aussi effrayantes qu’elles soient ; non ces femmes ne cherchent pas à révolutionner leur temps, à soulever leurs semblables. Mais Smita, l’Intouchable Indienne résolue à sauver sa fille, Giulia, la Sicilienne propulsée à la tête de l’entreprise familiale, et Sarah, la working girl mère de famille canadienne sont toutes à leur façon des héroïnes dont, imperceptiblement, les destins sont liés. La beauté de ce roman ne réside donc pas dans ces destins, mais dans la manière dont l’auteure, en véritable artiste, parvient à les tresser, à les lier. Ces trois femmes fortes, bien que malmenées et terrifiées, voient leurs histoires admirablement tissées par une auteure talentueuse et sublimées par une écriture maitrisée (même si parfois un peu diluée par des phrases attendues, convenues), poétique.

A une époque où la tendance est au repli sur ses propres préoccupations (manque de temps, de volonté ou faute de même y songer), Laetitia Colombani nous rappelle qu’il n’y a rien de plus beau que de participer à la vie de l’autre – consciemment ou non – et que c’est en étant soi-même qu’on contribue le mieux au bien-être de tous. A méditer.

 

« Là où tu iras j’irai » de Marie Vareille (Mazarine) * Prosecco!

La vie d’Isabelle est merveilleuse : elle vit le parfait amour avec Quentin (super canon et meilleur petit ami du monde), a des amis en or – Amina, amoureuse d’un homme mariée et quelque peu imprévisible, et Alexandre, père célibataire de 3 enfants turbulents qu’il adore -, et vient de se faire offrir par le premier un chien : Woody-Allen (sorte de chihuaha à houppette décolorée, qui ressemble vaguement à un chien et franchement à un Gremlins). Petite ombre au tableau : depuis des débuts prometteurs dans le cinéma alors qu’elle était ado (ne lui demandez pas de quand date ce film !), sa « carrière » végète. Enfin, carrière… Grosse ombre au tableau – que dis-je, cataclysme : Quentin la demande en mariage. Quelle idée ! Cela ne fait que… 5 ans que ces deux là filent le parfait amour et se complètent au quotidien (l’un débouche le tube de dentifrice, l’autre le rebouche ; l’un est responsable, l’autre… un peu moins). Isabelle ne peut accepter, et parce qu’elle refuse de s’engager, mais aussi de continuer à faire souffrir Quentin (dont les projets ne sont finalement pas les siens), elle préfère mettre un terme à leur relation. Un sacrifice qui en plus de la priver de l’homme de sa vie la conduit à la rue, avec 24 euros sur son compte bancaire. C’est alors que son chemin croise celui d’Adriana, fille d’un réalisateur bien connu, qui lui propose un drôle et étrange marché, pour un salaire mirobolant. Même si elle a quelques scrupules (surtout à laisser Woody-Allen à Amina), Isabelle n’a pas tellement le choix : elle accepte et file passer 15 jours en Italie avec la famille Kozlowski. Et ce qui arrive, même le plus talentueux des scénaristes n’aurait pu le prévoir.

Avec beaucoup d’humour et de talent, Marie Vareille nous entraine sur les pas d’une héroïne hors norme, probablement d’ailleurs parce qu’elle n’en a pas le profil. Et pourtant, on s’attache à elle dès les premières lignes, se laissant surprendre par son sens de la logique et des priorités, attendrir par ses états d’âme, séduire par sa spontanéité. On rit aussi, parfois d’elle – et de son incroyable maladresse – mais souvent avec elle : Isabelle devient très rapidement une amie que l’on pense connaître depuis toujours et à laquelle on souhaite de tout cœur un dénouement heureux. Et ce n’est pas gagné ! Car la famille dont elle va avoir la charge par cet étrange concours de circonstances est complétement déjantée, et a volé en éclat à la suite d’un drame toujours très présent. De quoi raviver quelques pénibles souvenirs aussi du côté d’Isabelle, et lui insuffler l’énergie nécessaire pour tenter de remettre sur les rails la famille Kozlowski … et sa vie !

Là où tu iras j’irai tient donc toutes ses promesses (on avait adoré Je peux très bien me passer de toi, Charleston) et nous convainc une nouvelle fois qu’il faut très étroitement surveiller les actus de Marie Vareille, sous peine de se priver d’une superbe lecture !

« La bonne fortune d’Elisabeth Wellington » de Robin Lee Hatcher (Archipoche) * Nouveau départ, nouvelles passions

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Elisabeth a tout quitté : fille d’une noble famille anglaise, elle a fui un mariage arrangé, ses repères et un avenir tout tracé pour s’installer en Amérique, où elle espère pouvoir se façonner une nouvelle vie. Pourtant, à bord du paquebot qui l’emmène à l’autre bout du monde, elle se rend compte qu’elle n’a en mains que très peu d’éléments : un peu d’argent, la lettre d’une petite fille du Montana avec laquelle elle entretient une correspondance régulière où est inscrit que son village attend l’arrivée d’une institutrice avec impatience, et la conviction qu’elle est celle-ci. En somme, rien qui ne puisse la préparer à l’aridité de ce Nouveau Monde, à ses coutumes si différentes, à ses habitants au parler atypique et qui ne voient pas tous arriver cette jolie jeune femme seule d’un bon œil. Elisabeth va alors se rendre compte que dans le Montana comme en Angleterre, ce sera à elle de prendre les rênes de sa vie si elle ne désire pas qu’un autre ne s’en charge.

Lorsqu’Elisabeth choisit, à la mort de son père, de fuir, elle se lance un défi : elle se mariera par amour et deviendra actrice de sa vie. Et comme si le destin l’avait prise au mot, elle doit dès son arrivée chez la petite Janie s’affirmer : le père de l’enfant, Garrett, n’est en effet pas ravi de voir arriver cette jeune Lady dont il craint qu’elle ne détourne de lui sa fille ; les femmes du village se sentent menacée par cette étrangère aux manières raffinées et au sourire charmant ; devenir institutrice va exiger d’elle qu’elle passe des examens mais aussi qu’elle parvienne à accaparer l’attention de ses élèves et se fasse respecter par certains ; remettre sa maison en état va l’obliger pour la première fois à laver, récurer, jardiner, et lessiver. Mais surtout, il va rapidement lui falloir contrôler les élans de son cœur, qui risque de s’avérer son plus grand ennemi : comment maitriser la passion qu’elle a ressenti dès sa première rencontre avec Garrett ? Cédera-t-elle à la raison en acceptant les avances courtoises d’un autre homme ? Guérira-t-elle des terribles blessures qu’elle a rapporté d’Angleterre ?

La bonne fortune d’Elisabeth Wellington – dont on regrette, il faut le dire, un titre bien peu attrayant ! – est un très bon roman féminin, qui se lit avec facilité et plaisir. Le personnage d’Elisabeth est très sympathique, et on perçoit rapidement sous ses manières de dame une nature impulsive et passionnée. Garrett, authentique cowboy, est un père célibataire attachant et entièrement dévoué à sa petite fille, l’adorable Janie ; s’il refuse d’être plaint, on lui découvre un passé compliqué et largement responsable des blessures qu’il porte secrètement et qui, d’emblée, se dressent comme une barrière face à Elisabeth. Laisseront-ils la passion les emporter, ou la raison triomphera-t-elle ?

L’auteure parvient à peindre la nature impitoyable du Montana, superbe mais impitoyable ; on découvre avec plaisir la vie d’un village d’éleveurs de bétail de la fin du 19ème siècle, les inimitiés mais aussi la solidarité des habitants d’une communauté restreinte et isolée. Tous les ingrédients sont là pour un roman envoûtant qui, s’il ne fera probablement pas date, offre un beau moment de lecture.

« La princesse blanche » de Philippa Gregory (Archipoche) * un bon roman féminin historique

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Elisabeth a eu le tort d’un jour tomber amoureuse d’un roi tombé au combat. Qu’il ait été vaincu par traitrise ne change rien : Elisabeth a perdu l’homme qu’elle aimait mais est également devenue un enjeu, une conquête pour le nouveau roi. Fille de la très respectée famille d’York, elle doit en effet aider le nouveau roi, Henri Tudor, à gagner en légitimité, lui qui longtemps vécu en exil et est considéré comme un usurpateur. Alors qu’elle avait été aimée et adorée durant des années, la voici simple marchandise méprisée par son mari et la mère de celui-ci, violentée comme une simple femme de chambre, contrainte de subir humiliations et vexations. Pourtant, Elisabeth a un caractère de reine, et entourée des femmes de sa famille, elles aussi largement menacées par le nouveau régime, elle va entreprendre de tenir son rang coute que coute. Elle engendre donc les fils nécessaires au roi et à la famille Tudor, lui donne des filles, lui apprend comment gouverner et tente de l’aider à se faire apprécier de ses proches et de ses sujets, alors même qu’il semble que ce soit mission impossible. Si jamais on ne lui daignera d’exercer les vraies fonctions de reine, Elisabeth n’en reste pas moins dépeinte ici comme une femme de roi à la hauteur de son rôle malgré l’adversité.

La princesse blanche, dernier tome de la saga historique de Philippa Gregory dédiée à la Guerre des Deux Roses, est un très bon roman féminin historique. On y voit se dérouler tout un pan de l’histoire britannique de façon très convaincante, et ce malgré le point de vue largement féminin. Les descriptions sont passionnantes et nous permettent de parcourir à la suite d’Henri, Elisabeth et leur Cour les salles des plus beaux palais de l’époque, de les arpenter dans la chaleur de l’été ou de les affronter dans le froid glacial de l’hiver anglais. Les rôles féminins, s’ils ont pu historiquement être perçus comme secondaires, sont ici décrits comme principaux (ce dont je ne doute pas : l’Histoire a été écrite par les vainqueurs, mais aussi par les hommes…) et incontournables dans les jeux de pouvoirs, d’alliances, les complots, les stratégies, la pérennité d’une dynastie (ou son déclin), … . Philippa Gregory s’attache aussi, dans la Grande Histoire, à narrer l’histoire d’amour/de haine entre Elisabeth et son mari, alors même que celui-ci est le commanditaire de l’assassin de son grand amour. On se surprend à vouloir savoir comment cet improbable couple peut évoluer, à souhaiter puis redouter qu’ils ne s’attachent l’un à l’autre, à craindre la paranoïa croissante d’Henri et pour la santé et l’équilibre de leurs enfants. On s’attache à ces femmes d’une famille tombée en disgrâce mais adorée par le peuple anglais et redoutée par les Tudor qui souhaitent les faire disparaitre, condamnées à être fortes pour sauver ceux qu’elles aiment.

Ce roman combine parfaitement les codes du roman féminin et du roman historique, nous offrant un très bon moment de lecture, instructif et divertissant. Philippa Gregory écrit très bien et nous charme avec ses personnages féminins forts et authentiques, attachants entre tous. Un beau voyage dans le passé donc, et une belle réussite !