« Génération K » de Marine Carteron (Rouergue) * fascinant

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Kassandre est une ado rebelle, tatouée et percée, torturée. Si elle a grandi dans une richissime famille, elle est loin d’être heureuse. Une sombre force semble dormir en elle.  A-t-elle jamais été comprise par des parents absents?  Décidément, la fortune ne fait pas le bonheur. Heureusement, Mina, sa seule amie, est là pour elle.

Mina, quant à elle, a grandi entourée par l’amour de sa mère. Pourtant, elle s’est toujours sue différente. Elle est la meilleure amie de Kassandre, qu’elle ne parvient pour autant pas toujours à comprendre, mais aussi la fille de la domestique de sa famille. Pas simple de se positionner, d’autant qu’elles sont sœurs de lait. Mais cela empêchera-t-il Kassandre de la rejeter le jour où elle découvrira le lourd secret que Mina découvre un jour ?

George enfin a grandi sans famille, enchainant les places dans des institutions incapables d’apprivoiser ce petit garçon découvert sur les marches d’une église. S’il déteste l’injustice, il est pourtant largement mouillé dans diverses affaires de délinquance. Il est d’ailleurs incarcéré suite à l’une d’elle lorsqu’un étrange personnage vient lui donner des documents qui pourraient bien lui permettre de savoir d’où il vient. Mais cela ne va-t-il pas déchainer la violence qui couve en lui et dont il soupçonne qu’elle peut le dépasser d’un moment à l’autre ?

Kassandre, Mina et George ne le savent pas encore, mais ils sont les porteurs d’un gène – le gène K – qui les rend puissamment différents, perçus par certains comme les sauveurs d’un monde qui se meurt, par les autres comme des moyens de s’assurer leur suprématie sur l’humanité. Héritiers de dynasties ennemies depuis des siècles, détenteurs de secrets jalousement gardés, les trois adolescents doivent rapidement apprendre à compter les uns sur les autres et à apprivoiser les démons qui dorment en eux – et qui semblent si bien s’articuler et s’apprivoiser. Ultime mission : il leur faudra aussi retrouver la trace du quatrième détenteur de ce gène K pour le sauver et ensemble, ils l’espèrent, réaliser de grandes choses.

Marine Carteron déroule avec beaucoup de talent un roman de science-fiction très noir, premier tome d’une trilogie qui s’annonce passionnante. On est rapidement captivé par les histoires narrées à la première personne par les trois adolescents qui s’alternent, se croisent et se lient finalement. La construction est intelligente. Mythe, scandale sanitaire, grands groupes financiers sans scrupule, mafia, créatures sorties tout droit des Enfers, tous les éléments sont rassemblés pour nous tenir en haleine et sans cesse faire s’enchainer rebondissements, révélations et scènes d’action. En un mot comme en cent, ce premier tome est on ne peut plus convaincant – parfaite confirmation du talent de l’auteure de la trilogie à succès Les Autodafeurs.

Et pour le plaisir, voici le teaser!

« Les regards des autres » d’Ahmed Kalouaz (Rouergue) * un livre et un message à faire connaitre

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Voici une lecture dérangeante, qui nous assomme et nous oblige à ouvrir les yeux sur un fléau qui, bien trop souvent, alimente les rubriques de faits divers tragiques : le harcèlement scolaire. Avec l’engagement que l’on connait aux éditions du Rouergue, et grâce à un auteur qui manie avec intelligence et sensibilité les mots, ce livre fait sortir de l’ombre cette méchanceté taboue car portée par des enfants parfois très jeunes et parfois – on ne peut le nier – encouragée par l’indifférence des adultes.

Laure est une jeune collégienne qui, depuis quelques semaines, voire quelques mois, a tendance à sécher les cours. Elève pourtant longtemps modèle, ses notes baissent soudain. Intelligente, elle a très vite identifié le problème qui la ronge : les moqueries de ses camarades, dont elle est l’objet depuis son entrée en classe de sixième, se sont petit à petit faites agressives, puis véritablement méchantes. Incapable de les affronter, ne pouvant plus ignorer les remarques et les mauvais gestes, elle ne sait pas comment se sortir de cette spirale ; pire, elle commence à croire ce que les filles populaires de son collège ne cessent de lui répéter : elle ne sert à rien. Pourquoi alors continuer à être une charge pour ses amis ? Elle s’en détache progressivement, s’isolant de plus en plus. Pourquoi alors en parler à ses parents, que le récit de ses ennuis va ennuyer ? Elle refuse de solliciter l’aide des adultes, restant seule face à ses agresseurs. Quelle solution donc, mis à part disparaitre ?

Sans jugement, avec un point de vue d’une objectivité glaçante, Ahmed Khalouaz décrit le scénario classique du harcèlement scolaire : le choix d’un bouc émissaire un peu par hasard ou en vertu d’une particularité (origine, apparence physique, …) par un groupe puis, au quotidien et incessamment, des vexations, des moqueries, des coups, des mauvais gestes, des intimidations. L’isolement aussi, puisque venir en aide à ce bouc émissaire condamnerait au même traitement. Mais finalement, ce que l’on retient et ce qui nous fait frissonner peut-être encore plus : la construction du bourreau. Car souvent, il n’est qu’un enfant qui ne comprend pas la portée de ses mots et de ses actes, et qui reproduit un schéma machiavélique : frapper le premier pour ne pas être la victime. Chaque enfant peut ainsi être à l’origine du harcèlement de l’un de ses camarades, indépendamment de son attitude par ailleurs raisonnable ou charmante. Glaçant.

Parce que le harcèlement scolaire est un fléau qui conduit bien trop de jeunes à prendre des décisions irrémédiables, parce que certains ne se rendent pas compte de l’impact de leurs mots et de leurs gestes, parce que trop souvent les adultes assistent sans accepter d’en reconnaitre la gravité à ces comportements – après tout, la méchanceté des enfants est largement tue et niée -, et sans intervenir … Pour toutes ces raisons, ce livre est utile, et parce qu’il est  bien écrit, nul doute qu’il contribuera à faire passer un message salutaire.