Les géants, Benoit Minville, Sarbacane

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La Côte Basque. Les vagues. Le surf. Des familles amies. Des familles unies. Des familles avec des secrets.

Marius et Esteban sont deux amis d’enfance, partageant la même passion pour le surf et les filles. La famille d’Esteban est pauvre, celle de Marius tente tant bien que mal de joindre les deux bouts. Ils n’ont aucun secret l’un pour l’autre. Jusqu’à ce que…
Jusqu’à ce qu’Esteban tombe fou amoureux de la jeune sœur de Marius, Alma, et qu’ils commencent à se voir en cachette.
Jusqu’à ce que César, le grand-père de Marius, pointe le bout de son nez alors que ses parents l’avaient prétendu mort. Et qu’il ramène avec lui son sombre passé, ses sombres secrets. Et il n’est pas le seul qui avait des secrets…

L’univers de Marius va alors voler en éclats et transformer toutes les valeurs que lui avaient inculquées ses parents en un véritable chaos dans la tête du jeune homme.

Ce roman est une vague en pleine figure. Et ça tombe bien, on est au Pays Basque ! Des personnes au sang chaud, qui partent au quart de tour. Des paysages de rêves, et surtout de bons ingrédients. Car il y a de tout dans cette histoire ; de l’amour, un peu de violence, de l’humour, un brin de tendresse, quelques gouttes de vengeance et de ressentiments, mais aussi et surtout : la famille.

Dans son premier roman déjà, « Je suis sa fille », Benoit faisait de la famille l’axe prioritaire du roman. Ici encore, c’est l’élément le plus important. Et c’est cette notion fondamentale qui nous attache à l’histoire, aux personnages, et l’écriture particulière de l’auteur ; droit au but, pas de carcans.

Un roman complet, brillant, avec en bonus une playlist comme on aime proposée pour accompagner la lecture.kitty

« Dylan Dubois » de Martine Pouchain (Sarbacane) * prenons la route

Dylan Dubois, Martine Pouchain, éditions Sarbacane, 2015

Et si aujourd’hui nous vous invitions à prendre la route ? Si Dylan fuit effectivement sa vie et son foyer, prenons quant à nous cette expression dans son sens figuré : et si nous nous interrogions sur notre vie et son but, sur cette voie que nous avons prise et suivons chaque jour. Est-ce bien celle dont nous rêvions ? Connaissons-nous vraiment sa destination ? Avons-nous vraiment choisi de l’emprunter ?

Dylan Dubois est en effet un très beau roman initiatique nous ouvrant les portes de l’adolescence au sens large, celle de Dylan en particulier. Car Dylan vient de rentrer chez lui après un an dans un foyer. Après le départ de sa mère, partie se construire une autre vie ailleurs et sans lui, son père a sombré et a pensé que se raccrocher à la boisson allait l’aider. Mauvais calcul : il a tour à tour perdu son entreprise puis la garde de son ado. Mais Dylan veut croire qu’un nouveau départ est possible et est bien décidé à lui donner toutes ses chances. Pourtant, c’était sans compter l’irruption dans la vie du paternel d’une sublime jeune fêtarde manipulatrice et de son charmant bambin ; voilà Dylan invité dans sa propre maison, obligé de rendre des comptes à une femme qui fait faire n’importe quoi à son père et n’a absolument pas envie de s’encombrer d’un ado. Quel choix reste-t-il à Dylan le jour où il franchit la ligne rouge ? Partir, évidemment. Accompagné de son fidèle Rusty, il met quelques affaires dans un sac et prend la route. La destination, il ne la connait pas vraiment, mais qu’à cela ne tienne : il est libre de ne pas savoir, de prendre des chemins de traverse, de s’arrêter et de repartir quand ça lui chante. Libre aussi de rencontrer qui il veut, de passer du temps avec eux ou de les fuir, et d’ensuite se demander si leurs vies, toutes tracées et socialement exemplaires, sont celles qu’il veut pour lui. Car Dylan, contrairement à ses camarades, ne rêve pas d’une belle famille, d’une grosse voiture ou d’un compte bancaire débordant. Lui, ce qu’il veut, c’est lire, vivre dans les bois, ne pas s’encombrer de compagnie superflue, … Bref, c’est avoir une vie qui ne ressemble en rien aux schémas qui nous sont proposés et dits « normaux ».

Voici donc un beau roman et une salutaire réflexion sur la vie et sur le libre-abitre, sur le politiquement correct et sur l’importance de prendre ses propres décisions. Un beau texte aussi sur l’adolescence, ces années charnières où les responsabilités sont celles des adultes et les rêves ceux d’un enfant.

« La drôle d’expédition » de Séverine Vidal et illustrée par Marion Puech (Pépix) * En route pour la Lune

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Vous vous souvenez de Zach ? … si vous savez ce petit garçon qui s’était déjà miraculeusement et spectaculairement échappé de la légendaire prison d’Alcatraz (La drôle d’évasion). Et bien 364 jours plus tard (oui oui, il est très précis comme petit garçon), le voilà sur le point de devenir le grand frère de jumelles – en fait, sa mère a déjà accouché de deux jolies petites fille, mais il ne les a pas encore rencontrées malgré son impatience – mais aussi propulsé dans le jeu vidéo que son père est en train de créer. Car vous vous en souvenez probablement, Caleb, le père de famille (puisqu’on ne peut raisonnablement pas le qualifier d’adultes), est programmateur-inventeur- créateur de jeux vidéos. Mais cette fois, pour une raison qu’aucun des hommes de la famille ne comprennent pas bien, Zach est propulsé dans le jeu vidéo. Incroyable non ? Mais attendez la suite car il y a mieux : ce n’est finalement pas dans un programme informatique mais bien dans le passé !!! Plutôt que de vivre une expédition sur la Lune imaginée et pensée par son père, Zach va participer à la vraie première expédition, celle de juillet 1969, lorsque pour la première fois Neil Armstrong et Buzz Aldrin posèrent le pied sur la Lune. Une nouvelle aventure passionnante pour le petit garçon, qui pourtant se demande si cette fois il ne prend pas trop de risques.

Car si Zach est un petit garçon plein de ressources, il est facile de comprendre qu’on dispose de bien moins de ressources à bord d’une fusée (oui oui une vraie de vraie, avec des propulseurs super géants et un tableau de commandes plein de boutons lumineux et colorés), et encore moins habillé d’une combinaison taille XXL – personne n’avait envisagé qu’un petit garçon serait du voyage, lui le dernier. Pourtant, avec humour, impertinence et il faut le reconnaitre pas mal d’intelligence, Zach se révèle un voyageur de l’espace divertissant aux idées parfois décisives. Tout comme lui, nous découvrons les coulisses de la vie de fusée, les accessoires étranges, les techniques indispensables à acquérir ne serait-ce que pour boire, et l’importance du moindre détail : à chaque instant, tout peut basculer et l’expédition avorter.

Cette plongée dans un univers très particulier est passionnante et formidablement illustrée ; on se passionne pour la composition d’une fusée (et même adulte on en apprend beaucoup), on apprend que les spationautes mangent lyophilisé, boivent au pistolet à eau (génial non ?), jouent au ping-pong avec les objets malmenés par la gravité, … . Les 3 professionnels avec lesquels voyage Zach sont les vrais et on comprend bien que sous les traits de caractères que nous leur découvrons dans ce roman, ce sont sûrement ceux de leurs authentiques modèles qui sont mis en scène. L’équilibre entre les faits réels et la fiction est très bon, on apprécie tout de même l’irruption d’un extraterrestre (aussi minime soit-elle !) et on découvre les superbes illustrations de Marion Puech au fil des pages.

Bref, vous l’aurez compris, La drôle d’expédition remplit toutes les cases pour s’imposer comme un très bon roman d’aventure – Séverine Vidal s’imposant de fait comme une auteure jeunesse incontournable dont on savoure les textes. Une suggestion idéale donc pour les vacances ; filez chez votre libraire !!

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« London panic » de Marie Vermande-Lherm (Exprim’ – Sarbacane) * Gosh!

 

Lucie est une élève dissipée en cours d’anglais, et pour cause : elle ne peut pas supporter sa prof, véritable dragon qui le lui rend bien. Mais jamais elle n’aurait imaginé qu’elle irait jusqu’à la priver du séjour linguistique auquel participe la classe de Lucie. Vexée, agacée, elle est aussi pourtant résolue à aller elle aussi à Londres, et par ses propres moyens. Bon, des moyens, elle n’en a pas beaucoup, mais elle va forcer le destin. Après tout, quand on est ado, on peut tout se permettre !

Pleine d’humour et de ressources, la jeune Lucie se révèle dès les premières pages un personnage au fort caractère et au langage bien à elle. Le ton est donné : l’impertinence est son mot d’ordre, pour le pire et le meilleur. Car si Lucie trouve bien une solution pour gagner Londres (et ce malgré qu’elle n’ait pas pu acheter un billet ou qu’elle ait du mentir à ses parents), elle va y atterrir dans une famille pour le moins atypique et so british. Et si elle est ravie des brunches et du tea time auxquels la famille est si fermement attachée, elle découvre ses excentricités dès la porte franchie : entre une mère disparue on ne sait où pour une retraite méditative mystérieuse, un ainé qui préfère se balader nu, un cadet de 7ans convaincu que la fin du monde est proche et un lord flegmatique, Lucie a l’impression d’avoir frappé chez les toqués ! Si l’on ajoute à cela qu’elle a trempé dans une drôle de combine de son ami Abu pour tenter de venir en Angleterre – elle a promis elle ne sait pas vraiment quoi pour obtenir son aide – et le fait qu’il semble bien déterminé à obtenir (par tous les moyens) qu’elle tienne sa promesse, son séjour londonien risque bien de ressembler à une drôle d’aventure.

Vous l’aurez compris, ce roman est haut en couleur et rythmé, mené par une auteure à la plume drôle et soutenu par un personnage principal impertinent et sympathique ; les personnages secondaires sont au moins aussi attachants, l’intrigue est cohérente et le suspense alimenté par Marie Vermande-Lherm. Tout y est pour passer un très bon moment, comme souvent avec la collection Exprim’. Attention cependant : le ton de la narration est vraiment très original, ce qui peut déplaire à certains lecteurs.

« Billie Fossette » de Sabrina Bensalah (Sarbacane – Pépix) * sur un air de Stromae

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Billie est une petite fille qui cumule les bêtises et déteste les robes. Ses parents la pensent trop espiègle, jusqu’au jour où elle est renvoyée de l’école parce qu’elle a… marché sur le toit de l’établissement ! Cette fois, c’en est trop pour les adultes : Billie doit comprendre que quelques mots d’excuses et les sempiternelles promesses – non tenues – de ne pas recommencer ne suffisent plus. Et pour le lui faire comprendre, ses parents décident de la remettre en les mains expertes (et redoutables comme nous l’apprendrons en même temps que Billie) du couple Lamatraque. Leur crédo : remettre les jeunes gens dissipés dans le droit chemin en les astreignant aux travaux de la ferme et de la terre. Une saine pratique, mais des méthodes peu correctes et vraiment, vraiment pas gentilles. Billie, qui tout d’abord pense la punition méritée (il faut bien qu’elle le reconnaisse), se rend vite compte que cette fois, ce n’est pas elle qui va trop loin… et que dire de ces poules qui semblent parler, de ses compagnons d’infortune qui ne sont pas plus épargnés par la méchanceté des Lamatraque, de la passion de Madame Lamatraque pour Stromae qu’elle fredonne à longueur de journée, … vraiment, tout est bizarre chez ces méchantes gens, et Billie n’est pas au bout de ses surprises. Cette fois décide-t-elle, désobéir est nécessaire et échapper aux règles des adultes salutaires.

Sabrina Bensallah nous régale avec les aventures de cette Fifi Brindacier des temps modernes, courageuse, espiègle,, un brin chipie et toujours inspirée quant il s’agit de faire des bêtises. Sur fond d’écologie et d’agriculture raisonnée et raisonnable, elle bâtit une intrigue passionnante et rythmée, drôle et enjouée. La bande originale, largement tirée des albums de Stromae, contribue aussi à ce rythme fou de narration et à faire des aventures de Billie Fossette un roman haut en couleurs (beaucoup beaucoup beaucoup de couleurs chatoyantes) à ne pas rater. Encore une fois, Pépix nous régale et la collection continue (pour ce que nous avons pu en juger) à s’illustrer par la qualité de ses textes, de ses auteurs et de ses illustrateurs. On aime !

Sweetie