La nuit n’est jamais complète, Niko Tackian, Scrineo

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Jimmy et sa fille Arielle roulent au milieu du désert du Chili, dans un no man’s land infini. Ils tombent sur un barrage de police mis en place pour cause d’éboulement sur la route. Contraints à passer la nuit sur place, avec trois autres personnes, ils espèrent pouvoir reprendre la route à leur réveil. Mais le lendemain, ils sont seuls. La voiture ne démarre plus. La grande ville est à des heures de marche. Loin d’être déstabilisés, ils se réfugient à quelques kilomètres dans les locaux d’une ancienne mine. Des maisons en tôles abandonnées. Le désert à perte de vue.

Ils élisent domicile dans l’une de ces maisons, se débrouillent avec les moyens du bord. Et le cauchemar va commencer. Un compagnon disparait, un autre se fait attaquer, et le troisième se comporte étrangement. Une bête rôde, leurs vivres diminuent, personne ne sait où ils sont.

Un cauchemar pour le père et la fille, un cauchemar qui n’est pas une coincidence…

Niko Tackian est scénariste et co-auteur de la série Alex Hugo sur France 2 avec Franck Thilliez. On retrouve d’ailleurs de ce dernier dans son style d’écriture, mais Niko Tackian se démarque aussi par son style net, tranchant, sans bavures te détails. Si cela s’avère un peu déstabilisant au début de la lecture, cela ne fait qu’accroitre le suspense et la sensation de huit-clos. Huit-clos renforcé par des chapitres courts mais intenses, riches en rebondissements et en action.

L’auteur nous offre une claque en pleine figure lorsqu’on comprend ce qu’il se passe réellement. Je n’avais pas vu venir ce rebondissement final totalement inattendu, qui nous démontre la complexité du cerveau humain, et dévoile l’aspect psychologique du livre totalement inexistant au début.

C’est une belle surprise, un thriller prenant et déstabilisant !

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« Comme un poison entre nous » de Monica Rattazzi (Scrinéo) * un roman dérangeant et très noir

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Julie et Pierre sont mariés depuis des années, ont deux filles adorables et une vie apparemment idyllique. En reconversion professionnelle, Julie s’interroge aussi sur la direction que cela va donner à son couple et à sa famille, elle qui a assumé le rôle de mère au foyer des années durant après avoir mis un terme à sa vie professionnelle. C’est dans ce contexte un peu particulier, où plus rien n’est évident et où tout est interrogé sous un nouveau jour, qu’arrive dans leur vie Hadrien, un garçon de 13 ans qui s’est installé avec sa mère célibataire dans la maison en face de la famille. Rapidement, il vient passer des après-midis avec les filles, partage des parties de jeux vidéos avec Pierre – qui se sent très flatté par l’attention et l’admiration que lui voue Hadrien -, dîne avec la famille, impose ses envies à tous et oriente les sorties familiales. Julie voit d’un mauvais œil cet intrus, d’autant plus qu’elle perçoit bien qu’elle gêne : Hadrien revendique de trouver un nouveau papa en Pierre, qui semble être le seul à ne rien voir. Rapidement, Hadrien devient menaçant… à moins que ce ne soit Julie qui analyse mal la situation ? Car comment accuser un jeune garçon de tant de méchanceté et de calculs ? Est-ce même possible qu’un esprit si malveillant habite le corps d’un adolescent ? Pourtant, force lui est rapidement de constater qu’elle ne rêve pas, qu’elle ne noircit pas la situation. Les menaces s’accumulent, les peurs se renforcent, et même Pierre va bien devoir admettre qu’Hadrien a un comportement étrange et dérangeant. Hadrien va d’ailleurs éclairer d’un autre jour la situation du couple et faire remonter à la surface des ressentiments et crispations longtemps occultées. La vie si tranquille de Pierre et Julie ne s’en remettra pas …

Voilà un roman très noir et très dérangeant, dont on ne ressort pas intact et qui pose la question de la malveillance infantile ; à travers le personnage d’Hadrien, on explore l’idée dérangeante de la manipulation exercée par un enfant (ou ado) et sans aucune prise en compte des notions de bien et de mal … si tant est qu’Hadrien soit seulement capable de les définir/ressentir. Si l’on suppose au début que Julie cherche en ce voisin intrusif un prétexte pour faire valoir ses aspirations de changement – peut-être parce que c’est plus politiquement correct … -, on ressent rapidement le malaise de Julie. Monica Rattazzi parvient parfaitement à dépeindre cette atmosphère si atypique, si dérangeante. Le malaise est palpable, poisseux. Si ce n’est pas une lecture détente ou plaisante, elle est toutefois très noire et a le mérite de nous obliger à nous interroger sur une thématique taboue.

« Quelque part avant l’enfer » de Niko Tackian (Scrinéo) – premier roman français à découvrir

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Recommandé par Franck Thilliez, rien que ça ! Soit, pourquoi pas…  après tout, un premier roman français, ça mérite probablement le détour ! Et pour le coup, ce premier essai est plutôt concluant et mérite qu’on s’y attarde.

Niko Tackian, scénariste, nous plonge dans l’univers très obscur de l’EMI, expérience de mort imminente ; souvent abordée dans la littérature, elle revêt ici une dimension hautement anxiogène puisqu’est le cadre de la rencontre d’Anna, mère de famille accidentée de la route et plongée dans le coma pendant une quinzaine de jours, et un homme mystérieux et menaçant qui lui annonce son prochain assassinat. Rien à voir donc avec ces rencontres d’un troisième type au cours desquelles des proches aimants nous accueillent ou des entités religieuses vous parlent. Anna aurait d’ailleurs préféré ces expériences plus classiques et réconfortantes. La voilà en effet renvoyée dans sa vie avec non seulement un corps malmené et un moral balbutiant mais également avec cette peur viscérale d’un inconnu qui semble la pourchasser et vouloir sa mort. Alors que cette parenthèse dans sa vie la force à regarder objectivement ce qu’elle en a fait et ce qu’elle en avait attendu s’opère une bascule : elle est désormais décidée à s’accorder tous les détours nécessaires pour redevenir elle-même, profiter de toutes les occasions qui s’offrent à elle ou encore reprendre le contrôle de son couple, de sa vie professionnelle, de celle qu’elle est. Par le biais de rêves dérangeants et d’intuitions, elle va de rencontres alarmantes en rencontres amicales et se plonge toujours plus profondément dans les méandres d’une affaire criminelle à laquelle elle semble être liée. Son retour à la vie est donc une véritable épreuve pour laquelle elle n’est pas armée et dans laquelle elle se débat tant bien que mal pour conserver son intégrité morale et protéger sa vie. Rapidement, on perçoit toute la maîtrise de l’auteur dans le développement d’une manipulation mentale. Le lecteur sent bien que les éléments ne sont pas ce qu’ils semblent être, sans pour autant parvenir à démêler le vrai du faux. Les fausses pistes se multiplient, les hypothèses s’accumulent, se contredisent, se recoupent, nous menant à chaque fois plus près d’une vérité dérangeante.

Niko Tackian est incontestablement maître dans l’art de créer et d’entretenir le suspense. L’EMI, sur laquelle il s’est visiblement documenté de façon très approfondie, devient le socle d’une intrigue navigant entre réalité et monde onirique, brouillant les pistes de l’enquête tout en en faisant émerger de nouvelles. Le lecteur accepte rapidement cette idée d’une expérience quasi surnaturelle qui influe ensuite sur la vie d’une jeune femme ordinaire, soudainement propulsée dans un monde régit par aucune règle préétablie. L’écriture, parfois hésitante, est pourtant prometteuse : très structurée, elle est rythmée par des chapitres brefs et des phrases courtes. Le vocabulaire est soigneusement choisi, très précis et pallie à quelques erreurs de narration (digressions ponctuellement nombreuses et peu utiles) et quelques fautes de compo (oublis réguliers de majuscules notamment dans les dialogues).

Sweetie