« La drôle d’expédition » de Séverine Vidal et illustrée par Marion Puech (Pépix) * En route pour la Lune

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Vous vous souvenez de Zach ? … si vous savez ce petit garçon qui s’était déjà miraculeusement et spectaculairement échappé de la légendaire prison d’Alcatraz (La drôle d’évasion). Et bien 364 jours plus tard (oui oui, il est très précis comme petit garçon), le voilà sur le point de devenir le grand frère de jumelles – en fait, sa mère a déjà accouché de deux jolies petites fille, mais il ne les a pas encore rencontrées malgré son impatience – mais aussi propulsé dans le jeu vidéo que son père est en train de créer. Car vous vous en souvenez probablement, Caleb, le père de famille (puisqu’on ne peut raisonnablement pas le qualifier d’adultes), est programmateur-inventeur- créateur de jeux vidéos. Mais cette fois, pour une raison qu’aucun des hommes de la famille ne comprennent pas bien, Zach est propulsé dans le jeu vidéo. Incroyable non ? Mais attendez la suite car il y a mieux : ce n’est finalement pas dans un programme informatique mais bien dans le passé !!! Plutôt que de vivre une expédition sur la Lune imaginée et pensée par son père, Zach va participer à la vraie première expédition, celle de juillet 1969, lorsque pour la première fois Neil Armstrong et Buzz Aldrin posèrent le pied sur la Lune. Une nouvelle aventure passionnante pour le petit garçon, qui pourtant se demande si cette fois il ne prend pas trop de risques.

Car si Zach est un petit garçon plein de ressources, il est facile de comprendre qu’on dispose de bien moins de ressources à bord d’une fusée (oui oui une vraie de vraie, avec des propulseurs super géants et un tableau de commandes plein de boutons lumineux et colorés), et encore moins habillé d’une combinaison taille XXL – personne n’avait envisagé qu’un petit garçon serait du voyage, lui le dernier. Pourtant, avec humour, impertinence et il faut le reconnaitre pas mal d’intelligence, Zach se révèle un voyageur de l’espace divertissant aux idées parfois décisives. Tout comme lui, nous découvrons les coulisses de la vie de fusée, les accessoires étranges, les techniques indispensables à acquérir ne serait-ce que pour boire, et l’importance du moindre détail : à chaque instant, tout peut basculer et l’expédition avorter.

Cette plongée dans un univers très particulier est passionnante et formidablement illustrée ; on se passionne pour la composition d’une fusée (et même adulte on en apprend beaucoup), on apprend que les spationautes mangent lyophilisé, boivent au pistolet à eau (génial non ?), jouent au ping-pong avec les objets malmenés par la gravité, … . Les 3 professionnels avec lesquels voyage Zach sont les vrais et on comprend bien que sous les traits de caractères que nous leur découvrons dans ce roman, ce sont sûrement ceux de leurs authentiques modèles qui sont mis en scène. L’équilibre entre les faits réels et la fiction est très bon, on apprécie tout de même l’irruption d’un extraterrestre (aussi minime soit-elle !) et on découvre les superbes illustrations de Marion Puech au fil des pages.

Bref, vous l’aurez compris, La drôle d’expédition remplit toutes les cases pour s’imposer comme un très bon roman d’aventure – Séverine Vidal s’imposant de fait comme une auteure jeunesse incontournable dont on savoure les textes. Une suggestion idéale donc pour les vacances ; filez chez votre libraire !!

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« Quelqu’un qu’on aime » de Séverine Vidal (Sarbacane) * une parenthèse enchanteresse

Matt a décidé d’offrir à son grand-père Gary un voyage dans ses souvenirs et à travers les Etats-Unis : atteint de l’Alzheimer, le vieil homme voudrait revivre la tournée de 58 de son idole Pat Boone, l’un des meilleurs moments de sa vie. Matt essaie de tout prévoir, de baliser ce périple qui, il l’espère, ramènera l’espoir et le sourire sur le visage de Gary. Sauf que voilà, comme souvent, rien ne se passe comme il l’avait prévu : Dixie, son ex-petite amie un peu folle, lui présente Amber, sa fille de 18 mois et lui demande de la garder parce qu’elle a trouvé un boulot aux horaires décalés ; leur avion pour se rendre à leur première étape est annulé pour cause de mauvais temps ; leur budget étant serré, Matt accepte de véhiculer dans leur van de location un ado secret et renfermé, qui semble cacher quelque chose, et une jeune femme qui se rend à un entretien d’embauche à l’autre bout du pays. Une drôle de bande, mais une superbe aventure humaine qui s’annonce.

Séverine Vidal signe là un roman terriblement humain : la rencontre de 3 adultes, une enfant et un ado qui vont panser leurs blessures par leur simple cohabitation et tout simplement en acceptant d’être eux-mêmes (et non ceux que leurs entourages aimeraient qu’ils soient). Ils ne se sont rien promis et pourtant une amitié profonde va rapidement les unir dans ce road-trip chargé de nostalgie. Tous ont été plus ou moins malmenés dans la vie mais aucun ne renonce : décidés à ne plus subir et résolus à agir pour qu’enfin leurs vies leur soit restituées, Matt, Gary, Amber (dans une moindre mesure bien sûr), Antonella et Luke vont se rappeler quels étaient leurs rêves et ambitions et s’employer à les réaliser. Ici, pas de fossé entre les générations mais bien un respect profond de l’autre et une réelle volonté de comprendre les motivations de chacun sans les juger… N’est-ce pas cela finalement, la beauté des relations humaines ?

Séverine Vidal nous donne à voir la « parenthèse enchantée » de ces cinq personnages tellement attachants et riches de leur humanité. Sur fond de musique des années 50 et de diners, de souvenirs et de projets, ce périple à travers les Etats-Unis devient l’occasion d’une réelle introspection pour le lecteur et une bouffée d’optimisme et de foi en l’espère humaine. Les rapports familiaux, l’amitié, l’amour, l’adolescence, les contraintes de l’âge adulte, la prise de responsabilité, la paternité, tout y passe pour notre plus grand plaisir.

Une merveille à découvrir et à partager absolument, et une bande-son qui mérite le détour – si comme moi vous n’aimez pas Elvis !!

Sweetie