Et puis au pire on s’aimera, Thierry Cohen, Editions Plon

 

Alice est une trentenaire timide, à la vie terne, qui est assistante du directeur administratif et financier d’une grande boite de conception de programmes télévisés. Sa vie se résume à son travail, son chez elle, quelques coups de fils à sa meilleure amie qui habite loin de Paris, et quelques repas chez sa voisine cinquantenaire qui vit seule elle aussi, et lui renvoie l’image de qu’elle sera dans vingt ans.

Antoine a décidé de créer sa propre boîte à la suite d’un licenciement. Victime d’une sorte de crise de la quarantaine, il déprime. La vie le déprime, la société le déprime, les gens, les femmes le dépriment. Jusqu’à ce qu’il croise Alice. Sa timidité, son besoin de passer inaperçue, tout chez elle le touche.

Un jour, Alice trouve une rose sur son palier. Elle est persuadée que la personne qui l’a déposée s’est trompée, jusqu’à ce que s’en suivent d’autres déclarations ; un bouquet de fleurs à son travail, un petit déjeuner livré à domicile et une invitation facebook. L’inconnu semble totalement épris d’Alice. Alors celle-ci petit à petit, se laisse charmer par ce romantisme, pensant qu’après tout, ce genre de scénario n’arrive pas qu’aux autres et qu’elle aussi à droit à l’amour.

Jusqu’à ce qu’Alice décide de rencontrer cet inconnu. Et là, le rêve prend la forme d’un cauchemar que jamais Alice n’aurait pu imaginer…

Je ne connaissais pas cet auteur, et je suis tombée complètement sous le charme de son écriture ! De belles phrases, poétiques, pleines de sens, pleines de sentiments, d’émotions, qui donnent à l’histoire un charme fou. Souvent drôle, parfois triste, l’auteur a une façon de raconter cette histoire qui détonne, qui envoûte.

Car son écriture est aussi belle que les personnages principaux. On se prend d’affection pour cette jeune Alice, que la timidité maladive empêche toute forme de vie sociale, et même si on a parfois envie de la secouer, on la comprend. Cet Antoine qui a l’air charmant et qui sort du lot, légèrement cynique et déprimant nous intrigue par ce côté mystérieux qu’il dégage. Et que dire de cette voisine excentrique au franc parler, qui nous fait rire à chacune de ses apparitions !

Au delà de ce début de romantisme (un peu cliché certes), l’auteur aborde par la suite un sujet particulier ; le monde de la télévision et leur besoin de toujours aller plus loin dans les programmes proposés. L’auteur dénonce cette recherche de l’audimat, cette quête de pouvoir et d’argent au détriment de la vie des gens. Et je ne peux qu’approuver. Car du romantisme initial, on passe au tragique, à un événement totalement inattendu qui va bouleverser le roman et les personnages.

A la fois tragique et brillant. Un gros coup de coeur pour ce roman, pour son auteur et son écriture parfaite, pour les sujets dénoncés, pour le scénario à la fois tendre et bouleversant.