« Justice pour Louie Sam » d’Elizabeth Stewart (Thierry Magnier) * suggestion jeunesse!

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En cette période de vacances scolaires et puisque normalement les grandes vacances devraient laisser plus de temps à tous pour lire, voici une nouvelle suggestion de lecture pour les plus jeunes d’entre nous / les lecteurs en herbe qui vous entourent. Avec Justice pour Louie Sam, ils vont pouvoir mieux appréhender l’installation des colons aux Etats-Unis et les véritables conséquences (bonnes et moins bonnes) de cette occupation. Elizabeth Stewart s’est en effet attachée à faire de ce très bon western l’occasion de mettre en lumière un pan entier de l’histoire américaine, méconnue et ignorée.

George est un adolescent dont les parents ont débarqué de Grande Bretagne pour tenter leur chance dans ce Nouveau Monde. Ils y ont reçu quelques arpents de terre, et son père est devenu meunier et agriculteur. Toute la fratrie apporte son aide à la survie de tous. Un jour que George et ses frères et sœur partent pour l’école, ils passent à côté de la maison de leur voisin, en feu. Avec courage, ils entreprennent de sortir son corps, mais découvrent alors qu’il a été assassiné. Aussitôt, les colons de leur communauté se lancent à la poursuite d’un coupable tout trouvé : Louie Sam, un indien. Presque adulte et témoin, George est intégré à l’équipe qui part à sa recherche. Pourtant, dès que le présumé coupable est  appréhender, tout dérape : non seulement Louie est un adolescent à peine plus vieux que lui, mais en plus les adultes ne lui laissent aucune chance de s’expliquer et l’exécutent. George est atterré, attristé, mais a promis de ne rien dire. Une véritable loi du silence s’installe sur la communauté, divisant les colons et les opposant. Car les arguments avancés par les meurtriers du jeune indien ne tiennent pas la route, et même George, avec seulement quelques questions, peut s’en rendre compte. Il refuse d’être complice et souhaite faire exploser la vérité au grand jour ; c’est alors qu’il découvre comment fonctionnent les adultes et déchante définitivement.

Elizabeth Stewart est parvenue à lier deux thématiques compliquées et épineuses dans un seul roman : la colonisation par les européens des terres indiennes et les exactions relatives, et la confrontation de l’idéal de Justice d’un jeune garçon avec la réalité de cette justice exercée par des hommes. Tout un programme, mais ne fuyez pas : le résultat est passionnant, très bien écrit et constitue une œuvre de référence. George, sa famille, sa communauté, et même l’histoire de Louie Sam sont directement inspirés de faits et de personnages réels ou réalistes : on découvre tout à la fois comment vivaient les familles et les nouvelles communautés, mais aussi comment elles cohabitaient avec les autochtones, quelles étaient leurs menaces (pas toujours les (bêtes) sauvages, mais souvent les individus eux-mêmes qui, poussés par la volonté d’un nouveau départ, pouvaient se résoudre à abandonner les règles élémentaires de la civilisation européenne), leurs forces, leurs conditions de vie, … . Justice pour Louie Sam est donc un incontournable de la littéraire jeunesse, dont je ne peux que regretter de l’avoir découvert si tard.

« Roméo sans Juliette » de Jean-Paul Nozière (Thierry Magnier) * indifférence tragique

De sa fenêtre, Roméo a toujours vu la maison de Juliette, et vis versa. Depuis toujours, ils sont amis et plus ; qu’importent les différences, ils sont déterminés à rester proches et à tout affronter ensemble. Mais la vie est parfois dure et comme beaucoup, les enfants devenus ados vont s’en rendre compte à leurs dépens.

Car le jour où la mère de Roméo disparait, son père disjoncte ; du jour au lendemain, il fait entrer son fils dans une spirale infernale faite de racisme et de haine. Pourtant, le jeune garçon ne se rend pas bien compte de ce qui est en train de se passer et qui, définitivement, influencera tout le reste de sa vie. Ce sont d’abord quelques réflexions sur ces « étrangers », puis des injures et des qualificatifs haineux ; puis ce sont des comportements étranges et inexpliqués : le père de Roméo se met à fréquenter des groupuscules d’extrême droite, impose à son fils une cérémonie de levée du drapeau tricolore tous les jours, rebaptise leur « propriété », défend à Roméo de fréquenter des Arabes et des Noirs, … . Dépassé, sans réelles connaissances sur le sujet, l’ado adopte ce vocabulaire et cette haine sans trop en comprendre les tenants et les aboutissants. Son père semble détester le monde entier… qu’à cela ne tienne, Roméo consent à être la pierre angulaire de son univers et donc à endosser le costume de fils parfait confectionné à partir de haine et de rancœur. Malgré les mises en gardes de Juliette, ses suppliques, ses baisers, ses menaces et ses ultimatums, Roméo s’enfonce, devient un membre à part entière de ce groupe de skins qui s’est installé dans le village. Déscolarisé, il travaille pour eux, perdant un peu plus ses repères et s’imprégnant bien malgré lui des idéologies racistes de ses nouveaux « amis ». Effrayée, Juliette ne peut que constater les changements de celui qu’elle aime, ne pouvant plus se voiler la face : s’ils s’aiment, ils ne peuvent continuer à se voir, leurs différences s’étant trop creusées, étant devenues des obstacles infranchissables – une rupture qu’elle ne peut se résoudre à rendre effective. Jusqu’au jour où le pire se produit, où la ligne rouge est franchie, où la vie des deux ados et de leurs familles basculent dans l’horreur.

Jean-Paul Nozière met des mots sur ce racisme ordinaire que l’on se refuse trop souvent à identifier chez nos proches, leur trouvant toujours des excuses qui n’en sont pas. Quand la violence verbale et la haine s’implantent trop profondément, plus rien n’empêche le passage à l’acte et la prise de conscience des conséquences réelles ; l’entourage ne peut que regretter de n’avoir pas vu, de n’avoir pas su mettre des barrières tant que cela était encore possible. L’histoire tragique de Roméo et Juliette que met en scène Jean-Paul Nozière nous rappelle désagréablement que le racisme est partout et qu’à ne pas vouloir l’accepter, on lui laisse largement la place de s’implanter et de prospérer.

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