« Never Again » de Sarah Dessen (Lumen) * Le sens des responsabilités

Sidney est une ado américaine comme tant d’autres, qui aime sortir avec ses amies et fréquente une bonne école sensée lui ouvrir les portes des meilleures universités. Seul bémol : elle vit dans l’ombre de son grand frère, Peyton. Beau, charismatique il séduit tout à la fois leurs parents, leur entourage, ses copines… Pourtant, Peyton est loin d’être un exemple et enchaine depuis quelques mois les ennuis avec la justice. Jusqu’au jour où son irresponsabilité le conduit à renverser un jeune garçon qui restera cloué dans un fauteuil à la suite de cet accident. Mais pour une raison qui échappe et qui révolte Sidney, sa mère continue à penser que l’emprisonnement de son fils est injuste, que la vie qui a été détruite cette nuit-là est celle de Peyton. Le jeune fille, pour échapper à l’environnement familial pesant et amical curieux demande à changer d’établissement scolaire, prenant de la distance avec son ancienne vie. Elle y rencontre un nouveau groupe d’amis haut en couleurs, liés depuis des années par les difficultés de la vie et des passions communes. Une découverte pour Sidney, qui bientôt est intégrée à la bande – et y côtoie un garçon qui pourrait bien la faire craquer pour de bon.

Sarah Dessen est partout décrite comme la reine du Young Adult, et j’avoue : je ne connaissais même pas son nom. C’est sur les conseils d’Emily que je me suis lancée dans ce roman destiné à un public un peu (pas mal ?) plus jeune que moi 😊 Mais qu’à cela ne tienne, un bon roman trouve toujours son public, et celui-ci a su me faire passer un bon moment, incontestablement. Car au-delà des personnages – certes bien jeunes si je me prends comme référence ! -, c’est l’environnement dans lequel elle les fait évoluer qui m’a rapidement happée. Elle décrit avec beaucoup de justesse – je pense – la descente aux Enfers d’une famille américaine et les œillères d’une mère incapable de regarder en face les failles du fils prodigue et totalement inattentive à la vie de sa fille qui fait le nécessaire pour non seulement lui faciliter le quotidien, mais aussi pour ne pas ajouter aux soucis de la famille. Mais Sidney ne peut pardonner à son frère son inconséquence, qui a non seulement conduit dans un fauteuil un jeune garçon mais aussi sa famille dans la tourmente, ses parents dans le déni.

On apprécie aussi de voir la jeune femme découvrir toutes les richesses de l’amitié, de ces liens qui se créent même dans l’adversité et s’y renforcent toujours – face à la vie malmenée de ses nouveaux amis, Sidney est plus que jamais convaincue que ses parents se fourvoient sur la véritable gravité des choses. Il se pourrait d’ailleurs qu’elle ne soit pas la seule, et que son sentiment soit partagé par la personne à laquelle elle s’attendait le moins.

Never again est donc un roman young adult qui remplit toutes les cases et nous ouvre les portes du cœur d’une ado américaine tourmentée. Les émotions sont brossées avec justesse et acuité, nous offrant une lecture à la fois intéressante et émouvante. Les fans du genre et de l’auteure se régaleront, ceux qui ne la connaissaient pas se réjouiront de l’avoir fait !

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« Follow me back » de A.V Geiger (Collection R) * dérangeant, fascinant, effrayant

Inutile de le cacher : j’ai en premier lieu accepté ce roman prêté par Mathieu (n’est-ce pas que je vous en parle pas mal les derniers temps : c’est un vil tentateur !) parce que j’étais curieuse. Non seulement je l’ai vu chroniqué de nombreuses fois, mais il a eu une façon de me le présenter plutôt… énigmatique. Cependant, j’ai bien pris soin de le débuter sans avoir lu la 4ème de couverture ou les différents papiers… Et je pense que ce fut une bonne chose.

Car Follow me back est un roman dont le scénario ne présente a priori pas tellement d’originalité : une jeune fille – Tessa – agoraphobe commence à suivre sur le célèbre réseau social à l’oiseau une star de la chanson – Eric. Si elle le trouve effectivement beau, le suivre est aussi l’une des facettes de sa thérapie : puisqu’elle ne peut plus sortir de chez elle et que même passer le seuil de la maison où elle vit avec sa mère est impossible, cette « vie » sur les réseaux constitue son ouverture sur le monde et sa seule possibilité d’interaction et d’échange avec l’extérieur. Sur Twitter, Tessa s’invente une vie où ses problèmes sont soigneusement relégués dans un coin de son esprit et cachés et où elle admire Eric Thorn, ce jeune prodige de la chanson. Des milliers de personnes « la suivent », la sollicitent pour commenter avec elle les actualités de la star, « aiment » ses twitts, … Son rêve : qu’Eric un jour fasse lui aussi partie de ses followers. Bien cachée derrière son écran, Tessa en est sûre : avec le temps et les bienveillants conseils de sa thérapeute et d’une inconnue cachée derrière un énigmatique pseudo, elle va guérir et reprendre une vie normale. Mais arrive-t-il vraiment que la vie que l’on s’invente et la vit que l’on subit se recoupent et se superposent ? A s’afficher sur Twitter, est-il vraiment possible de rester anonyme ? Et surtout : les mensonges proférés sous pseudo sont-ils moins graves que si nous les prononcions face à ceux à qui nous les tenons ?

Au-delà de l’intrigue et des personnages – qui, pour le coup, ne sont pas très originaux -, c’est bel et bien la réflexion sur les réseaux sociaux qui fait tout l’attrait de ce roman et tend à le transformer en thriller psychologique. Sous des scènes et des conversations apparemment banal (souhaiter être suivi par toujours plus de personnes, réfléchir en mots clés et hashtags, mettre en scène sa vie, communiquer en 140 caractères, transformer ce que l’on est pour se forger un profil attractif, …), on perçoit rapidement quelque chose de beaucoup plus insidieux. Des zones d’ombres qui, si elles ne s’affichent pas sous forme de @, de hashtags, conduisent à un inattendu dénouement. Car parlons de la fin : dérangeante, effrayante, elle nous appelle à reprendre la lecture dès le début pour trouver des indices qui pourraient expliquer cette incroyable scène finale ! Et elle nous laisse profondément mal à l’aise, à la fois impatient de connaître la suite et redoutant de nous êtes laissés prendre au piège et de devoir accepter que sous les apparences les plus anodines se cachent des prédateurs redoutables

Follow me back parvient donc, tout en reprenant les codes attendus en YA, à les retourner complètement pour nous offrir un thriller fascinant et dérangeant – l’occasion aussi de nous interroger (ou d’interroger nos ados) sur l’utilisation des réseaux sociaux. Car là comme ailleurs, les conséquences de nos posts, tchats, MP et autres confidences sont réelles.