« Les Jumelles fantastiques, SOS Licorne » de Fabienne Blanchut / illustrations par Marie Margo (Fleurus) * un roman de grand lecteur!

La collection 1, 2, 3 Je lis chez Fleurus est vraiment une merveilleuse découverte pour les jeunes lecteurs : en plus des belles histoires, elle propose des romans faciles à lire car écrit avec des mots simples (mais pas simplets), de gros caractères (mais une jolie typo) et des illustrations savamment disséminées parmi les pages. Il n’en faut pas plus pour encourager les plus jeunes à se plonger dans un gros livre (vous souvenez-vous votre fierté quand vous avez pour la première fois lu un vrai livre ?) … Et si, en plus, l’histoire est signée Fabienne Blanchut et met en scène des licornes, alors là…. On adooooore 😊

Voici donc mise en scène la super mission SOS Licorne menée par Rose et Salomé, des jumelles super courageuses. Ça n’existe pas les licornes me direz-vous ? C’est tout simplement parce que vous n’y croyez pas assez ! Car depuis des dizaines d’années, les grands-parents des filles – Opa et Oma sont des Passeurs ! – protègent des créatures fantastiques cachées partout dans le monde et c’est cette fois au tour d’une licorne de solliciter leur aide pour regagner son monde. Les deux sœurs combinent alors leur courage, leurs idées et leurs forces pour contrer les machiavéliques plans d’un très méchant. Sur les conseils de leurs grands-parents, elles mettent tout en œuvre pour protéger la fragile Maggie et la ramener à ses amis – une aventure menée tambour battant sur l’île d’Houat !

Courage, humour, persévérance, ouverture d’esprit, intelligence, tout est ici combiné pour faire des deux fillettes des héroïnes passionnantes et des amies magiques pour les jeunes lecteurs. Leur aventure est très facilement compréhensible et accessible, même aux lecteurs débutants (avec de l’aide), et comme souvent, Fabienne Blanchut se fait accompagnée par une illustratrice aux merveilleux dessins, Marie Margo. N’hésitez plus une seconde : offrez à vos petits lecteurs ce beau roman de grand lecteur !

Publicités

« De poudre, de cendre et d’or » de Gwendoline Finaz de Villaine (French Pulp) * un voyage qui ne nous a pas transportées

Eva est à une période charnière de sa vie : mam’ange, elle ne parvient pas à faire son deuil et voit son couple voler en éclat. Même son poste chez le prestigieux joaillier Cartier ne parvient pas à l’égayer, et c’est sans grand enthousiasme qu’elle accepte un déplacement professionnel en Inde à l’occasion d’une exposition. Elle est loin de s’imaginer à quel point ce voyage va la dépayser et comment il va l’entrainer dans des aventures … improbables.

Car c’est bien le mot qui nous vient à l’esprit tout au long de la lecture et plus encore lors de la chute de l’intrigue. Dans Les brumes de Grandville, Gwendoline Finaz de Villaine avait déjà joué avec les frontières du réel, et elle récidive ici. Par le biais d’un tableau aux étranges propriétés, la jeune femme est précipitée dans l’Inde des années 1910, menant une vie de palais indien alors même qu’elle est accusée du vol d’un prestigieux bijou créé par la maison Cartier. Propulsée dans un monde sans pitié, dont elle n’a pas les codes, Eva va au-devant de gros problèmes, mais aussi de magnifiques rencontres, le tout dans l’Inde coloniale très colorée et digne des plus beaux récits de voyage de l’époque.

Très peu convaincue par les modalités de ce voyage dans le temps, j’ai cependant pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures d’Eva, que l’on plaint et admire tour à tour. Les (très très) longues descriptions des paysages, des palais, de tenues, de la géographie urbaine ou encore de la jungle permettent de s’immerger rapidement dans l’univers de ce roman. Cependant, certaines penchent dangereusement vers la digression et nombreuses sont celles qui font perdre le fil sans pour autant apporter beaucoup à l’intrigue – révélant pourtant un vrai travail de recherche sur l’époque et ses contemporains. Confrontée à la violence, au luxe de la vie coloniale puis au dénuement des bidonvilles, Eva se découvre forte et capable de regarder vers le futur de cette époque où elle a mystérieusement atterri… mais qu’en sera-t-il de son futur dans son époque d’origine, si elle parvient à y retourner ?

Une lecture mitigée donc, même si je suis a priori conquise par tout ce qui a trait au sous-continent indien (et j’en remercie mon année de khâgne 😊 ), et qui ne m’a pas transportée comme je l’espérais. A noter aussi une interrogation quant au choix du titre, même si la couverture est sublimissime (comme la plupart de celles des éditions French Pulp d’ailleurs)! J’attends vos avis cependant !

« L’aile des vierges » de Laurence Peyrin (France Loisirs / Calmann-Lévy) * Passionnant

Souvenez-vous, nous avions eu un coup de cœur absolu pour La drôle de vie de Zelda Zonk, un magnifique roman que nous vous avions présenté.

Aussi, nous ne pouvions pas ne pas nous procurer ses autres textes, persuadées qu’ils nous raviraient autant. Et c’est ainsi que L’aile des vierges est arrivé dans notre PAL – mais ne vous y trompez pas : si nous avons mis du temps à vous en parler, ce n’est pour aucune autre raison qu’une désorganisation importante. Mais nous ne referons pas cette erreur : un roman de Laurence Peyrin se doit de passer en priorité ! … L’aile des vierges ne faisant pas exception.

Nous y suivons en effet le destin à rebondissement de Maggie, jeune femme qui, avant d’entrer au service de la famille Lyon-Thorpe, a déjà eu bien des vies : veuve, fille et petite-fille de féministe engagées, ouvrière, … Le point commun entre ces héritages : ils ont contribué à lui forger un caractère fort (pout ne pas dire compliqué) et ont engendré une opiniâtreté dont elle ne sait pas encore à quel point ils lui seront utiles. En attendant, c’est avec un pragmatisme là aussi durement inculqué qu’elle met un mouchoir sur son orgueil et accepte un poste de domestique. Elle se le jure : elle n’y restera pas plus d’un an. Juste le temps de se refaire une santé. Pourtant, une nouvelle fois, la vie va mettre à mal ses efforts et ses certitudes au détour d’un couloir et à la faveur d’une coupe de champagne. Non, Maggie n’est ni meilleure ni pire que les autres, même si elle est incontestablement plus maligne. Elle va être confrontée à l’amour, cet amour romanesque qu’elle pensait exclusivement réservé aux héroïnes de romans ; elle va découvrir ce qu’est la vraie amitié et la loyauté sincère ; elle va accepter que ses idéaux féministes ne soient pas partout transposables et par toutes (et tous) partagés. Bref, elle va plonger dans une réalité toute à la fois belle et impitoyable… Et nous y entrainer sans effort.

Car une nouvelle fois, Laurence Peyrin nous prend par la main dès les premières lignes – impossible une fois ce roman entamé de l’arrêter. Les destins croisés de tous les personnages mis en scène forment des fresques changeantes, aux motifs parfois flamboyants, parfois d’une noirceur extrême. Du Kent aristocratique aux bas-fonds des docks anglais, du NY City des années 40 et 50 en proie au racisme, à la corruption mais aussi aux aspirations progressistes de tous genres, l’autrice nous offre un roman magnifique, passionnant, addictif, largement à la hauteur des attentes que nous y avions placées.

 

Les gratitudes, Delphine de Vigan, éditions JC Lattès

Michka est une vieille dame, atteinte d’aphasie, un trouble du langage qui commence par la simple difficulté à trouver ses mots, et peut évoluer jusqu’à une perte totale de la capacité à s’exprimer. Obligée de quitter sa maison, elle est internée dans un EHPAD. Petite fille juive, elle a été sauvée par un couple dont elle a perdu la trace, et c’est lui de ses ultimes regrets, ne pas avoir pu les remercier. Lire la suite

Entrez dans la danse, Jean Teulé, Éditions France Loisirs (avec l’autorisation des Éditions Julliard)

klCdI8LrT6GY%zklAJYUwQ

Strasbourg, juillet 1518. La ville fortifiée n’est plus que l’ombre d’elle-même, rendue exsangue par la famine, la sécheresse, les épidémies. La rumeur annonce que les Turcs seront là sous peu. Rue du Jeu-des-Enfants, le désespoir est tel que la blonde Enneline Troffea, la femme du graveur, se met à danser. Et bientôt, d’autres lui emboîtent le pas.

Ouvrir un roman de Jean Teulé est toujours plaisant. Et instructif. J’y prends toujours beaucoup de plaisir et ce conte cruel, paru l’année dernière, ne fait pas exception à la règle. Le sujet choisi est éminemment romanesque. Ce phénomène d’hystérie collective, appelé épidémie de danse de Saint-Guy, a été principalement observé en Allemagne et en Alsace entre le XIVe et le XVIIIe siècle. L’épisode strasbourgeois, dont il est question ici, est un des mieux documentés même s’il reste mystérieux quand aux causes de son déclenchement. 

Jean Teulé donne corps et pensées à ces hommes et ces femmes et imagine leurs motivations à danser ainsi pendant plusieurs semaines, parfois jusqu’à la mort. C’est une réussite. Nous souffrons avec les habitants de la rue du Jeu-des-Enfants, affamés et contraints à la pire des extrémités (tuer leurs enfants ou les manger), et nous comprenons que, face à l’innommable, ils en perdent la tête. Le contraste entre cette triste réalité vécus par les plus pauvres des Strasbourgeois et les palabres des puissants de la ville (le maire, ses conseillers, l’évêque, les médecins), s’interrogeant sans fin sur le pourquoi  du comment, donne son équilibre au roman. Le lecteur oscille entre rire et larmes, porté par une écriture imagée et crue, qui le plonge au coeur de cette « techno parade » burlesque dont la fin brutale nous rappelle que l’homme n’aime pas ce qu’il ne peut maîtriser.

Une lecture savoureuse. À votre tour d’entrer dans la danse !

Maîtresse Jedi