Le jeu de la défense, André Buffard, Editions Plon collection Sang neuf

A Lyon, le corps d’une jeune magistrate est découvert dans un quartier tranquille, sous une porte cochère. Elle venait y rejoindre son amant. Celui-ci, haute figure politique, est très vite soupçonné ; ses empreintes sont retrouvées sur la victime, ses propos sont confus et légèrement incohérents, et de nombreuses preuves matérielles l’accablent. De part son statut, l’affaire prend rapidement des proportions médiatiques importantes, qui vont propulser au devant de la scène l’avocat qu’il a choisi ; David Lucas.  Lire la suite

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« Brexit Romance » de Clémentine Beauvais (Sarbacane) – Theatrum Mundi

Comme beaucoup, nous attendions avec impatience ce nouveau roman de Clémentine Beauvais, dont nous avions tant aimé la plume dans Les petites reines et Songe à la douceur. Quel bonheur donc de pouvoir dès la parution en librairie le découvrir et le savourer, tel un croustillant mais calorique scone britannique… car s’il est indubitable qu’on se régale à cette lecture, il n’en reste pas moins qu’elle reste d’un cynisme et d’un sérieux renouvelés à chaque page. Clémentine Beauvais a des avis, et elle les partage ; Clémentine Beauvais à des messages à faire passer, et elle le fait bien ; Clémentine Beauvais a du talent, et elle le démontre une nouvelle fois.

Car Brexit Romance, comme son titre le laisse entendre, a pour point de départ et base de réflexion ce fameux brexit qui, en 2017, nous laissa (pour certains) abasourdis au réveil : la Grande Bretagne ne voulait plus être européenne ; cette Europe qui nous semblait acquise ne l’était en fait plus du tout ; notre conception d’un espace européen ouvert, la libre circulation des personnes elle-même, était menacée ; et quid de « l’effet boule de neige » et du soudain regain de vigueur des mouvements indépendantistes à travers tout le continent ? Ce séisme et ses répliques et dégâts, ce sont les bases de l’intrigue de l’auteure : avec humour, elle met en scène un trafic de passeports européens pour Britanniques en mal d’Europe, une instrumentalisation des valeurs du mariage au profit de l’ouverture des frontières par-delà la Manche. A la tête de cette initiative, Justine, Européenne convaincue qui crée une agence matrimoniale pour faire contracter un maximum d’engagements entre Belges, Français, Espagnols et autres continentaux avec des citoyens britanniques – à bas les frontières ! Cependant, et si l’agence Brexit Romance promet des contrats vides de tous sentiments, Justine va vite se rendre compte que les passions ne se plient que rarement aux règles, que les compatibilités sur le papier ne renvoient pas toujours (souvent) à des relations harmonieuses dans la vraie vie, et que jouer avec les personnalités et les sentiments des uns et des autres, toute de bonne foi qu’elle soit, n’est pas sans risque.

Une nouvelle fois, Clémentine Beauvais joue avec les mots et un style incomparable pour faire se côtoyer des univers aux antipodes, des langages si différents, des personnages que tout oppose ou tout rassemble a priori. Mais la vie s’embarasse-t-elle d’a priori ? Tout comme le Brexit fit voler des évidences et des certitudes en éclats, cette comédie romantique acide et intelligente utilise les codes pour mieux les renverser : la jeune ingénue à la recherche du prince charmant et qui croise la route d’un crapaud, le beau jeune homme qui laisse les quiproquos l’éloigner de sa belle, le personnage chef d’orchestre qui devient marionnette, … La mise en scène est délibérément théâtrale, nous faisant tout à la fois personnages et souffleurs, spectateurs et metteurs en scène. On rit, on sourit, on se désole et on se rappelle que sous certains aspects caricaturaux, c’est bien de notre Europe que nous parle Clémentine Beauvais, cette Europe que nous pouvons aimer ou pas, souhaiter ou pas, mais dans laquelle nous vivons indubitablement et à laquelle nous devons tant. Et pour laquelle, personnellement, je suis prête ) m’engager. Alors, brexit romancer ou pas ? La question – aussi symbolique soit-elle – mérite véritablement d’être posée.

Eliza(s), Sara Shepard, Editions Charleston, collection noir

Eliza Fontaine est une jeune auteure sur le point de sortir son premier roman. Lorsqu’elle se réveille à l’hôpital après une soirée un peu alcoolisée dans un hôtel à Palm Springs, sa famille est persuadée qu’elle a à nouveau tenté de se suicider. Retrouvée inconsciente dans la piscine de l’hôtel, Elliza a échappé de peu à la mort. Mais cette fois, tout est différent. Eliza est persuadée de ne pas s’être jetée dans cette piscine, mais qu’au contraire quelqu’un l’y a poussée volontairement.  Lire la suite

« Max et les poissons » de Sophie Adriansen (Nathan) * pour tous les enfants péchés en juillet 1942

Max aura 8 ans dans quelques jours et vient de recevoir à l’école un joli poisson tacheté pour le récompenser de ses bonnes notes – Auguste. Il est très fier, tellement qu’il en oublie presque cette étoile jaune sur ses vêtements et les Allemands qui défilent tous ensemble et font trembler les murs avec leurs grosses bottes. Et puis il se rend bien compte que sa sœur Hélène et que ses parents lui préparent des surprises. Il en a peu depuis quelques mois alors se promet de bien en profiter. Mais voilà, en ce 16 juillet, d’autres surprises moins drôles sont prévues par d’autres adultes, et avec tant d’autres, Max est raflé, parqué dans un grand stade avec quelques-uns de ses copains et voisins. Les adultes ont peur, alors lui aussi, un peu. Ils sont emmenés ensuite dans un autre camps où ,au moins, il y a un extérieur ;il s’appelle Drancy. Max pense que tout ira mieux ensuite, mais ce n’est qu’une nouvelle étape. La vie de Max va décidément bien changer, et cette journée d’anniversaire oublié n’est que le début d’une nouvelle drôle d’aventure parsemée de poissons.

J’entendais parler de ce livre depuis des mois, me le réservant pour un moment où j’aurais le temps de le lire tranquillement. Grand bien m’a pris. Merveilleusement bien écrit – comme sait si bien le faire Sophie Adriansen -, facilement accessible aux jeunes lecteurs à partir de 9 ans, poignant, il m’a mis les larmes aux yeux et m’a fait sourire à travers ces larmes. Parce que bien que vue à travers les yeux d’un jeune garçon qui ne comprend pas tout ce qui lui arrive, cette histoire est bien celle de tant d’autres enfants, déportés, raflés, séparés de leurs familles, parfois tués durant la Seconde Guerre Mondiale parce qu’ils étaient nés Juifs. Sans jamais être anxiogène, le texte aborde tous les aspects de la vie de ces familles juives durant cette période. Sophie Adriansen nous donne ainsi des clés et des éléments de langage pour entamer le travail de mémoire avec nos enfants, leur parler de ce pan de notre histoire sans leur faire peur et en leur montrant dès à présent que toutes les victimes nous ressemblaient terriblement.

Sans surprise, ce joli roman a largement trouvé ses lecteurs, et a remporté de nombreux prix. Sophie Adriansen continue également d’intervenir auprès des classes de jeunes pour leur parler de Max, de ses amis, de ses parents, de ses voisins et de tous les autres – une belle façon de transmettre un message douloureux mais indispensable.

 

« Bienvenue à Paradise Lodge » de Nina Stibbe (Fleuve éditions) * Générations déjantées!

Envie de rire – jaune – et de grincer des dents ? Amateurs de comédies sociales décapantes mais incroyablement clairvoyantes ? Alors laissez-vous tenter par ce roman de Nina Stibbe, ô combien savoureux, et par sa vision du fossé des générations 😊

Lizzie a 15 ans et plus aucune envie d’aller à l’école. Depuis que sa mère a fait un bébé dans le dos de son beau-père et que celle-ci déprime, elle veut se rendre utile… mais pas seulement à la maison. Alors quand la maison de retraite du coin cherche des auxiliaires de bonne volonté – et c’est déjà pas mal -, elle se lance : après tout, quelle différence entre le bébé Danny et les pensionnaires de Paradise Lodge ? Mis à part les dentiers qui peuvent malencontreusement se mélanger pendant leur lessive … ou les rondes aux WC à organiser régulièrement pour chacun des 35 pensionnaires – moins pire que les couches, non ? … ou la présence d’une morgue au fond du couloir ? Bref, Lizzie pense pouvoir rapidement devenir un élément encadrant indispensable, et ainsi faire comprendre à la principale du lycée et à sa mère son désintérêt pour les cours. Pourtant, comme tout univers professionnel, Paradise Lodge a ses règles, ses us et coutumes, ses gentils et ses méchants, ses abus. Elle y a ses habitudes, elle s’y construit une vie qui lui plait bien, elle y côtoie des collègues qui pourraient bien devenir des amies et qui se passionnent pour ses études des shampoings disponibles sur le marché. Et le jour où un établissement concurrent menace la survie de « sa » maison de retraite, Lizzie prend la tête de la fronde. Il n’est pas encore vieux celui qui la dégoûtera de cette nouvelle vocation.

Avec humour, Nina Stibbe lève le voile sur la vieillesse et sa prise en charge, sur les turpitudes des établissements de prise en charge où le meilleur côtoie le pire, sur ces hommes et ses femmes qui, par vocation ou par défaut prennent soin ou font vivre un enfer à nos anciens – et sur ces Anciens qui peuvent parfois devenir des Diables en fauteuils roulants. Parce qu’il vaut parfois mieux en rire, on se prend rapidement au jeu, et on déguste ce roman doux-amer avec délectation. Autant vous le dire, je le lis habituellement pas ce genre de roman, pour tout un tas de raison, mais cette exception en valait le coup.

Ça pique quelque peu donc, vous l’aurez compris, mais on sourit et on compatit, on s’attache à Lizzie, à ses collègues, aux pensionnaires qui tous veulent seulement faire s’articuler quelques années encore de leur vie dans les meilleures conditions possibles. Décapant, intelligent, un tantinet caricatural… du moins l’espère-t-on !